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IM-Meca : le témoignage d’une PME qui mise sur l’impression 3D

Nicolas Jacob responsable projets impression 3D pour IM Meca

Si l’impression 3D personnelle était au centre des derniers témoignages de cette rubrique, le retour d’expérience que Primante 3D partage aujourd’hui concerne cette fois-ci l’utilisation d’une imprimante 3D professionnelle. Autrefois réservée aux grandes entreprises, notamment en raison de son coût important, cette technologie aujourd’hui plus abordable, séduit de plus en plus de PME à la recherche de nouvelles solutions. Du prototypage à la production de pièces en petites séries, l’impression 3D est un outil répondant à des besoins complémentaires, cohabitant et concurrençant à la fois les techniques classiques de production que sont le moulage et l’usinage.

A l’image de cette tendance, une certaine IM Méca, petite entreprise de mécanique générale basée dans la Drôme, a décidé d’investir dans cette technologie. Nicolas Jacob responsable projets impression 3D de l’entreprise, a accepté de nous parler de cette nouvelle acquisition, des applications possibles et des bienfaits de l’impression 3D dans leurs activités.

« La plupart des pièces plastiques réalisées jusqu’à présent en usinage est désormais imprimée en 3D »

Nicolas bonjour, pourriez-vous vous présenter et définir vos fonctions chez IM-Méca ? Quel parcours vous a amené à travailler pour cette entreprise ?

IM Méca

Logo de l’entreprise

Bonjour Alexandre, suite à un changement de région, j’étais à la recherche de nouveaux challenges professionnels. De formation ingénieur et passionné d’impression 3D (j’ai une Makerbot Replicator 2X à la maison), je recherchais une opportunité dans ce domaine innovant et porteur. Je me suis mis en relation avec IM-Méca, une PME basée à quelques km de chez moi et qui venait d’acheter une imprimante 3D. Le courant est bien passé avec la dirigeante d’IM-Méca et on a rapidement débuté une collaboration ensemble. Mon rôle dans l’entreprise est de développer l’activité de l’impression 3D. J’interviens à la fois sur la partie commerciale (prospection client, devis, suivi des commandes), technique (optimisation du process, suivi technique avec les clients, modélisation 3D…) et opérationnel (lancement des commandes, post-traitement après impression…)

équipe IM Meca

Equipe IM Meca – A droite Nathalie Belmonte gérante de l’entreprise

Présentez-nous IM-Méca et son équipe. Quelle est sa genèse ?

IM-Méca est une petite PME basée dans la Drôme tout proche de Romans sur Isère. Cette entreprise est spécialisée depuis une vingtaine d’année dans l’usinage de précision. On y réalise des pièces en métal ou plastique par « fabrication soustractive » en tournage et/ou fraisage. IM-Méca est composée de 4 opérateurs machine et de Nathalie, la gérante de l’entreprise. En 2014, Nathalie souhaitait donner un nouvel élan à son entreprise et a eu le déclic pour la « fabrication additive ». IM-Méca s’est alors lancée dans l’aventure de l’impression 3D.

« Cette solution est gagnant-gagnant pour nous et nos clients… »

engrenage

Engrenages imprimées sur résine Visijet X Blanc

Il y a quelques mois, Nathalie Belmonte dirigeante d’IM-Méca a fait l’acquisition d’une imprimante 3D. Qu’est ce qui a motivé cette décision ?

IM-Méca est spécialisée dans la sous-traitance industrielle. Nos clients sont principalement des bureaux d’études et des concepteurs de machines spéciales. Leurs besoins se portent sur des pièces unitaires ou des petites séries. L’objectif était de proposer aux clients historiques d’IM-Méca cette nouvelle technologie, bien adaptée pour leurs besoins. Ainsi, la plupart des pièces plastiques réalisées jusqu’à présent en usinage est désormais imprimée en 3D. Cette solution est gagnant-gagnant pour nous et nos clients.

Le prix des pièces est souvent moins cher qu’en usinage et on allège l’occupation des machines ce qui nous permet d’être plus réactif pour la réalisation des pièces mécanique usinée. IM-Méca profite également de l’élan donné par l’impression 3D pour prospecter de nouveaux clients qui pourraient être intéressés par l’impression 3D mais aussi par l’usinage mécanique.

Quel modèle avez-vous acquis et pour quelles applications ? Quel est son fonctionnement ?

imprimante IM Meca

Projet 3510 de 3D Systems

Nous avons chez IM-Méca une imprimante Projet 3510 de chez 3D Systems que nous avons acheté via le distributeur français Creatix 3D. Cette imprimante 3D utilise la technologie MJM (Modelage par Jets Multiples), qui consiste en un dépôt de gouttelettes de résine par couches successives. Nathalie s’est portée sur ce choix car cette technologie permet d’obtenir une impression d’une haute précision, semblable à ce que l’on peut retrouver en usinage. Nos clients sont des BE pour lesquels la précision est un des points les plus importants. Notre imprimante en mode SD imprime par couche de 32 microns ce qui nous permet d’obtenir un très bon état de surface. Outre la précision, notre imprimante nous permet également l’impression de petits assemblages fonctionnels, imprimés en une seule fois.

Sur quels matériaux pouvez-vous imprimer ? Avec quelle précision et pour quel volume d’impression ?

Nous imprimons uniquement de la résine et proposons 3 matières différentes. Une blanche qui présente des propriétés mécaniques proche de l’ABS, une autre translucide et afin une dernière de couleur noir qui est flexible. Le matériau de support est une cire que nous élimions via un passage dans une étuve. La précision est de quelques centièmes de microns seulement. Pour faire simple, nous sommes capables d’imprimer quasiment l’équivalent d’un A4 avec 200mm de hauteur (298 x 185 x h203mm pour être exact).

lame imprimée

Lame imprimée sur résine Visijet X blanc

Comment se présentent les consommables, quel est leur coût et leur capacité ?

Les consommables sont des bidons résine et de cire de 2kg que l’on vient clipser dans l’imprimante. Nous pouvons charger jusqu’à 2 x 2kg de résine et 2 x 2kg de cire, ce qui nous permet d’avoir une grande autonomie pour l’impression de nos pièces. Le prix de ces consommables est élevé et pèse pour une part importante dans le prix final de la pièce. De plus, nous sommes complétement dépendants d’un seul fabricant (3D Systems) pour les consommables. Le prix des consommables est d’environ 700 euros TTC pour la résine Visijet X et 400euros TTC pour la cire S300. Difficile de dire combien de pièces avec un bidon car on fait des pièces de quelques grammes à plus d’un kg…

De la modélisation aux traitements post impression, pouvez-vous nous décrire une commande type ?

Généralement, nos clients nous envoient par mail le ou les fichiers 3D à imprimer déjà exporté en format STL. La 1ère étape consiste à la vérifier le fichier car dans certains cas l’exportation n’est pas assez fine et des « facettes » peuvent apparaître à l’impression. Quelques fois, nos clients arrivent juste avec un croquis 2D et nous modélisons nous même en 3D. Nous chargeons ensuite le fichier 3D exporté en STL dans le logiciel de l’imprimante. Nous optimisons le positionnement des pièces sur le plateau d’impression puis nous lançons la fabrication. Quelques heures plus tard, nos pièces sont prêtes et nous les plaçons dans l’étuve pour l’élimination de la cire puis dans un bain d’huile. Les pièces sont ensuite dégraissées et séchées.

Imprimés sur Visijet X Blanc : camions miniatures peints en bleu et en rouge, le dernier est laissé dans sa couleur d’origine.

« l’impression 3D de résine type multijet est bien moins chère comparé à l’usinage… »

Après plusieurs mois d’utilisation, selon vous quels sont les avantages et les limites de cette technologie par rapport aux techniques traditionnelles de fabrication ? Il y a-t-il par exemple des contraintes de maintenance, l’imprimante est-elle plus énergivore ?

Par rapport à l’usinage, l’impression 3D permet la réalisation de pièces unitaires, 24h/24, de façon autonome tout en conservant une très bonne précision.Pour des pièces complexes, l’impression 3D de résine type multijet est bien moins chère comparé à l’usinage mais elle reste onéreuse surtout comparée à l’impression 3D par dépôt de fils. En revanche, le rendu final est bien supérieur… Le choix des matières est moins important que pour les techniques de fabrication plus traditionnelle. Par exemple aujourd’hui, avec notre technologie d’impression nous ne pouvons pas encore proposer à nos clients des solutions d’impression 3D avec des matières résistantes à la chaleur ni même des solutions multi-couleurs.

Avec notre imprimante professionnelle, nous avons très peu de contraintes en termes de maintenance. Nous réalisons juste de temps en temps un recalibrage dès que nous constatons que nous sommes proches de la limite des tolérances de la machine (environ 50 microns en X et Y).Une purge du circuit est nécessaire, à chaque changement de matériau.

Taquets filetés en M2,5 imprimés sur Visijet X Blanc

Quelles sont les compétences requises ? Avez-vous dû former vos salariés ?

Nous avons seulement dû former nos salariés au fonctionnement de l’imprimante 3D. La machine est simple d’utilisation et ne nécessite pas de compétences particulières pour son utilisation. La réalisation du post-traitement est très délicate pour éviter toutes déformations. La température de l’étuve et du bain d’huile est régulièrement contrôlée et une méthodologie doit être respectée. Le post-traitement est une étape clé que nous cherchons à optimiser au quotidien.

L’acquisition de cette machine a-t-elle nourri de nouvelles ambitions pour IM MECA ? Avez-vous des projets ?

Avec notre Projet 3510, nous sommes actuellement dans une phase de test du marché pour mieux cerner les attentes de nos clients. Par la suite, nous envisageons de faire l’acquisition de nouvelles machines pour compléter notre offre et proposez à nos clients des dimensions de pièces plus importantes et un vaste choix matières et de couleurs.

Primante 3D remercie Nicolas Jacob et IM Meca d’avoir bien voulu partager leur expérience. Plus d’info sur l’entreprise ici.

  • IM Meca a acquis sa Projet 3510 3D Systems pour 40 000 €.

 

*ensemble des crédits photo : IM-Meca

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Alexandre Moussion